
D’abord un gros merci à tous celles et ceux qui ont appuyé notre campagne en faveur des travailleuses et des travailleurs des agences de placement temporaire. Un merci particulier à ces personnes nombreuses qui ont fait circuler les lettres et les pétitions. Il y en a même qui sont venues les livrer à nos locaux. On vous remercie aussi pour la mobilisation lors de l’action du 7 octobre, Journée mondiale pour un travail décent, qui a été un vrai succès.
De tout cœur MERCI !
Nous avons obtenu 175 lettres d’appui d’organismes, de groupes de femmes et d’organisations syndicales et un total de 567 signatures individuelles.
Finalement, ces appuis représentent plusieurs milliers de personnes qui demandent l’intervention urgente du gouvernement sur deux mesures urgentes et incontournables : la mise en place d’un permis d’opération obligatoire et renouvelable pour les agences et l’établissement dans la Loi sur les normes du travail d’un principe de coresponsabilité entre l’agence et les clients d’agence pour le respect des droits et le versement des sommes dues aux personnes salariées.
La clôture de la campagne se tenait le 7 octobre dans le cadre de la Journée mondiale pour le travail décent. Une quarantaine de personnes ont pris place dans un autobus jaune pour un circuit reflétant l’exploitation des travailleuses et des travailleurs des agences de placement temporaire. Trois arrêts ponctués de témoignages de personnes avec des expériences de travail marquantes ont démontré l’importance des deux mesures urgentes réclamées par la campagne.
L ‘activité avec l’autobus et son itinéraire de l’exploitation était une très bonne idée. Les témoignages ont été appréciés. L’exploitation devient plus concrète quand on l’entend de la bouche des personnes qui l’expérimentent.
À 11h30 l’autobus jaune rejoignait le 500 boul. René-Lévesque Ouest et quelques dizaines de manifestantes et manifestants en appui pour le dépôt des lettres et des pétitions au bureau de la ministre du Travail, Madame Lise Thériault. Finalement c’est son attachée politique, Madame Marie-France Daoust, qui était présente pour recevoir notre boîte « pour le travail décent » contenant lettres et pétitions.
La couverture médiatique de la clôture de la campagne a été bonne.
Il y aura un article sur la campagne dans le prochain bulletin (novembre 2011) d’Au bas de l’échelle.
En attendant, voici quelques photos de la journée du 7 octobre 2011...

Nous continuerons de mettre des informations sur notre site lorsqu’il y aura des nouvelles de ce dossier qui ne se termine pas avec la campagne, parce que la bataille est loin d’être gagnée.
Les travailleuses et les travailleurs des agences de placement temporaire
peuvent compter sur notre persévérance !
Le marché des agences de placement temporaire est florissant. Les revenus en 2008, pour le Québec seulement, dépassent le milliard de dollars. Cette industrie ne cesse de se développer sans qu’aucune règle spécifique encadre ses pratiques. Pourtant, les problèmes sont nombreux et connus : les mauvaises conditions de travail, en particulier les bas salaires, les clauses abusives des contrats, les entreprises qui se servent des agences pour contourner les lois ou affaiblir le syndicat (lorsqu’il y en a un), le risque élevé d’accidents du travail, et, dans le cas de certaines agences peu scrupuleuses : l’exploitation par le travail au noir et les infractions répétées aux lois du travail.
Les entreprises trouvent beaucoup d’avantages à utiliser les services des agences de placement temporaire. Elles font des épargnes sur les coûts. Elles n’ont pas à s’occuper de l’ouverture de postes, du processus d’embauche ou d’évaluation, ou de la formation. Elles n’ont plus à payer pour des avantages sociaux : jours de maladie payés, régime de retraite, assurance collective ou autres. Mais en plus, elles peuvent se servir des agences pour se défaire de leurs obligations d’employeur. Ainsi, elles peuvent congédier à leur guise, donner leurs directives d’embauche sans risque d’accusation de discrimination, faire courir les risques pour la santé et la sécurité à des travailleuses et des travailleurs externes, contourner les conventions collectives, et autres. De plus, il n’y a aucune limite au placement « temporaire »; on a vu des personnes en affectation au même poste durant plusieurs années. C’est pourquoi les agences bénéficient de la protection du « lobby » patronal chaque fois qu’il est question de leur imposer des règles.
Les organismes Au bas de l’échelle et le Centre des travailleuses et travailleurs immigrants (CTI) ont décidé d’unir leur force et de lancer une campagne pour la protection des droits des travailleuses et des travailleurs des agences de placement temporaire. Nous sommes de plus en plus nombreux à réclamer que le gouvernement encadre les pratiques des agences de placement temporaire. Les agences de placement constituent un élément important de la précarité du travail et une menace pour le respect des droits des travailleuses et des travailleurs. Nous demandons l’intervention urgente du gouvernement sur deux aspects essentiels et incontournables : la mise en place d’un permis d’opération obligatoire et renouvelable pour les agences et l’établissement dans la Loi sur les normes du travail d’un principe de coresponsabilité entre l’agence et les clients d’agences pour le respect des droits et le versement des sommes dues aux salariés.
Il y a au Québec plus de 1200 bureaux d’agences en service. Les agences offrent des services de location de personnel dans tous les domaines d’emplois : de la bureautique au domaine de la construction, des soins de santé, en passant par les usines de fabrication ou de transformation, la manutention et bien d’autres. Certaines agences font signer des contrats (aux clauses souvent abusives) aux personnes qu’elles embauchent; alors que d’autres agences ne font rien signer : les ententes sont verbales.
Une multitude d’agences opérant sur le terrain, sans encadrement, c’est aussi une multitude de pratiques que nous ne connaissons pas toujours. Parmi les pratiques les plus inquiétantes que nous connaissons, mentionnons les pratiques d’agences de placement frauduleuses qui se spécialisent dans le recrutement de personnes vulnérables (immigrantes et autres) connaissant souvent peu leurs droits et ayant un urgent besoin d’argent. Certaines paieront en dessous du salaire minimum et en argent comptant à la fin de la journée. Certains travailleurs se font promettre un chèque de paye après deux semaines de travail et ne le reçoivent pas. D’autres reçoivent leur salaire amputé des déductions à la source, alors que celles-ci ne se rendent pas au gouvernement. Lorsque ça devient trop chaud à un endroit, ou qu’il y a trop de plaintes et de poursuites, des agences ferment leurs portes et ouvrent un peu plus loin sous un autre nom; ou encore, elles se mettent sous la protection de la Loi sur la faillite.
De plus, il n’existe pas de données fiables sur l’industrie. À notre connaissance, la seule source d’information sur l’industrie des agences de location de personnel demeure le rapport annuel de Statistique Canada. Ce ne sont pas toutes les agences qui y répondent puisqu’un certain nombre d’entre elles changent régulièrement de noms et d’adresses pour exercer leurs opérations frauduleuses ou s’inscrivent comme des
compagnies à numéro pour créer le voile corporatif.
Le permis d’opération est une façon d’exercer un minimum de contrôle sur les agences de placement et d’établir leur imputabilité envers le gouvernement, la société et indirectement envers leurs employés.
En vérifiant l’historique financier (la solvabilité), on met un frein aux opérations de certaines agences frauduleuses. En imposant le renouvellement annuel et l’obligation de tenir les informations sur l’agence à jour, on vient s’assurer d’avoir les bonnes coordonnées de l’agence et les noms des dirigeants. Si l’agence fait l’objet de poursuites pour des infractions ou des pratiques déloyales aux lois du travail, on peut
suspendre ou révoquer le permis de l’agence. L’exigence d’un dépôt de garantie apporte une protection supplémentaire et élimine (possiblement) les agences insolvables. Emploi Québec, qui diffuse les offres d’emplois des agences de placement, pourrait s’assurer de n’afficher que les offres provenant d’agences qui ont un permis en règle. Toutes les personnes en recherche d’emploi devraient pouvoir vérifier si une agence a un permis en règle.
Par les différentes questions qui peuvent faire partie du formulaire de base, on peut aussi obtenir un certain nombre d’informations qui fournissent un portrait des agences en service; par exemple : secteur d’activités, types de recrutement (temporaires, permanents, contractuels), agence internationale (recrutement) ou autres. Le gouvernement peut aussi imposer aux agences l’obligation de tenir des registres ou de
fournir des rapports d’opération. Il peut aussi demander aux agences de fournir un rapport annuel de leurs activités et la liste des clients et des employés.
QU’IL SOIT OBLIGATOIRE POUR LES AGENCES DE PLACEMENT TEMPORAIRE D’OBTENIR UN PERMIS D’OPÉRATION RENOUVELABLE ANNUELLEMENT, POUR CHAQUE BUREAU D’AGENCE. QUE CE PERMIS NE SOIT ACCORDÉ QU’AUX AGENCES QUI DÉMONTRENT LEUR SOLVABILITÉ. QU’UN DÉPÔT DE GARANTIE SOIT EXIGÉ POUR ASSURER LE REMBOURSEMENT DES SOMMES
DUES AU PERSONNEL DES AGENCES. QUE LES AGENCES SOIENT TENUES D’INFORMER RAPIDEMENT DE TOUT CHANGEMENT D’ADRESSE OU DE DIRIGEANTS. QUE L’ORGANISME RESPONSABLE DE DÉLIVRER LE PERMIS AIT LE POUVOIR DE LE RÉVOQUER EN CAS DE PRATIQUES DÉLOYALES OU D’INFRACTIONS SYSTÉMATIQUES AUX LOIS DU TRAVAIL.
Il y a aussi, ne l’oublions pas, des entreprises qui utilisent les services des agences. Elles ne veulent pas savoir combien ou comment les personnes qui travaillent chez elles sont payées. Elles ne vérifient pas non plus si les personnes embauchées ont un permis de travail en règle. Des entreprises qui s’en lavent les mains et disent que ce n’est pas leur responsabilité, mais celle de l’agence et qui profitent du travail et de l’exploitation de ces personnes.
QU’UNE ENTREPRISE, QUI UTILISERAIT LES SERVICES D’UNE AGENCE DE PLACEMENT TEMPORAIRE QUI FONCTIONNE SANS PERMIS D’OPÉRATION, SOIT PASSIBLE DU PAIEMENT D’UNE AMENDE.
La situation des travailleuses et des travailleurs d’agences de placement est particulière. D’une part, il y a une agence qui embauche du personnel et le paie, d’autre part, un client d’agence qui le supervise et le dirige au quotidien. La personne embauchée est payée par l’agence, mais travaille pour le client de l’agence. C’est une relation de travail tripartite (trois parties) qui n’est pas équitable.
Le fait d’être coincé entre deux entreprises (une qui paie, et l’autre qui encadre au quotidien) place la personne salariée d’agence dans une situation complexe par rapport aux droits du travail. En principe, les mêmes droits s’appliquent, mais en pratique l’application de ces droits est souvent plus difficile. Les lois du travail n’ont pas été pensées, ni encore adaptées, à ces situations. Pour chaque plainte de travailleuses ou
de travailleurs d’agences, se pose la question de « qui est l’employeur ? ». C’est du cas par cas, basé sur un ensemble de facteurs, un processus complexe et souvent long qui en décourage plus d’un à porter plainte.
Pour les travailleuses et les travailleurs d’agences, contrairement aux autres travailleurs, le droit à un recours contre une pratique interdite (ex. : congédiement parce qu’enceinte, malade, ou pour avoir réclamé le respect des normes du travail) n’est pas garanti, ni la protection contre un congédiement injuste. Il dépend de qui a mis fin à l’emploi ou qui a exercé les représailles (l’entreprise ou l’agence) et de qui sera reconnu comme l’employeur par les tribunaux, puisqu’un seul des deux peut l’être à l’heure actuelle.
Dans certains cas, on identifiera l’agence comme employeur, ce qui laissera la personne salariée sans recours si c’est le client d’agence qui n’a pas respecté ses droits. Dans d’autres cas, même si c’est l’agence qui est coupable, il sera difficile de prouver la pratique interdite ou le congédiement, alors que l’agence affirmera n’avoir tout simplement pas d’affectation disponible.
Parmi les problèmes rencontrés, les travailleuses et les travailleurs d’agences éprouvent souvent des difficultés à faire reconnaître les heures travaillées. Les feuilles de temps, remplies par l’entreprise-cliente et envoyées à l’agence, sont parfois incomplètes, arrivent en retard ou se perdent en route. De plus, il arrive que le client d’agence négocie des ententes parallèles à ce qui est prévu au contrat avec l’agence.
L’agence refusera alors de payer les heures supplémentaires exécutées sans son consentement. Quel est alors le recours de la personne salariée, si elle n’est pas payée ?
On le sait, les travailleuses et les travailleurs non syndiqués connaissent peu les lois du travail et les droits que celles-ci leur confèrent. Même lorsque les droits sont connus, il y a souvent une crainte à exercer les recours prévus par la Loi, par peur de sanction ou de perte d’emploi. Cette situation est encore plus risquée pour les personnes qui n’ont pas accès à un poste permanent dans une entreprise et qui dépendent de la bonne
volonté d’une agence à leur fournir une affectation.
Actuellement, lorsqu’une entreprise-cliente ne respecte pas les droits de la personne salariée d’agence, le plus souvent, l’agence prendra le parti de l’entreprise qui lui fournit des contrats lucratifs. La déresponsabilisation des entreprises est d’ailleurs un des principaux arguments de vente des agences de placement temporaire. Embaucher et congédier sans avoir à respecter les règles leur donne une grande flexibilité.
Établir dans la Loi un principe de coresponsabilité entre l’agence et les clients d’agence protègerait les personnes salariées contre les agences frauduleuses qui ferment leurs portes pour échapper à leurs responsabilités. L’entreprise-cliente pourrait alors devoir compenser les droits qui n’auraient pas été respectés et payer les salaires dus. Elle y penserait deux fois avant de faire affaire avec une agence qui ne respecte pas les lois du travail.
La coresponsabilité améliorerait le respect des droits et des sommes dues pour toutes les travailleuses et les travailleurs d’agences, pas seulement les agences frauduleuses, et viendrait réduire les avantages qui encouragent la transformation d’emplois permanents en emplois temporaires.
QUE LA LOI SUR LES NORMES DU TRAVAIL ÉTABLISSE UN PRINCIPE DE CORESPONSABILITÉ ENTRE LES AGENCES DE PLACEMENT ET LES ENTREPRISES-CLIENTES AFIN D’ASSURER LE RESPECT DES NORMES DU TRAVAIL POUR LES TRAVAILLEUSES ET TRAVAILLEURS D’AGENCE. POUR LES OBLIGATIONS PÉCUNIAIRES (SALAIRES, CONGÉS PAYÉS, ETC.), LES AGENCES DE PLACEMENT TEMPORAIRE ET LEURS CLIENTS SERAIENT SOLIDAIREMENT RESPONSABLES ENVERS LES PERSONNES QU’ELLES EMBAUCHENT. POUR CE QUI EST DE L’APPLICATION DES AUTRES DROITS (CONGÉDIEMENT INJUSTE, PRATIQUE INTERDITE, HARCÈLEMENT PSYCHOLOGIQUE, ETC.), UN OU L’AUTRE, OU LES DEUX, POURRAIENT ÊTRE TENUS RESPONSABLES DES DROITS LÉSÉS ET DES RÉPARATIONS PRÉVUES DANS UNE ENTENTE OU UN JUGEMENT.
Les organisations suivantes nous ont accordé leur appui...
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Merci également pour les appuis individuels ainsi qu'à tous ceux qui ont signé la pétition!
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Carole Henry |
Mostafa Henaway |